Attac 22 : le 1er comité local reçoit la 2nd AG d’Attac France à Saint-Brieuc

vendredi 12 février 2016

Message de bienvenue d’Attac 22 prononcé lors de l’ouverture de l’Assemblée Générale d’Attac France à Saint Brieuc, le samedi 28 octobre 2000 au Palais des congrès Equinoxe devant plus de 1400 délégué(es).

C’est un plaisir et un honneur, pour attac 22, de vous accueillir aujourd’hui, pour ces assises nationales et la 2ème Assemblée Générale de notre association.

Depuis le 17 octobre 98, date de la première rencontre nationale d’attac à La Ciotat, que de chemin parcouru ! Ce jour là, devant plus de 1500 adhérents venus de tout le pays, il revint au comité attac de Saint Brieuc de présenter les démarches à effectuer pour créer un comité local. Si à l’époque il n’existait encore, que quelques dizaines de comités nous en comptons aujourd’hui près de 200, sur le territoire, sans parler de ceux qui se créent chaque mois, un peu partout, à travers la planète. On mesure le chemin parcouru, pour nous tous.

En Côtes d’Armor, attac compte aujourd’hui plus de 350 adhérents, répartis dans trois comités locaux, ceux de Dinan, Lannion et Saint Brieuc, Ces 3 comités, qui font leur la devise "penser globalement et agir localement", unissent leurs réflexions et leurs actions, animés par la même volonté de combattre la dictature des marchés et d’ affirmer sereinement qu’un autre monde est possible. Le Comité des Côtes d’Armor est né dès juin 98, quelques jours après la création d’attac à Paris.

Mais, c’est dès le début janvier, de cette même année 98, en plein mouvement des chômeurs, qu’un groupe de privés d’emplois et de salariés solidaires, qui occupaient la maison du peuple de Saint Brieuc, décidèrent spontanément, à la lecture de l’éditorial d’Ignacio Ramonet "Désarmons les marchés" dans le monde diplomatique de décembre 97 de lancer une pétition pour la Taxe Tobin intitulée "Les solidarités indispensables par une fiscalité mondiale".

On pouvait y lire " Ignacio Ramonet fait la proposition de la création à l’échelle planétaire, d’une organisation non gouvernementale Action pour la Taxe Tobin. (attac) Celle ci pourrait agir comme un formidable groupe de pression civique auprès des gouvernements pour les pousser à réclamer, enfin, la mise en oeuvre effective de cet impôt mondial de solidarité. Nous dans les Côtes d’Armor, à Saint Brieuc, signataires de cet appel, nous nous engageons à faire connaître, à populariser cette initiative afin que, rapidement, elle devienne réalité." Cette pétition, à votre disposition dans cette salle, a très rapidement réunit des centaines de signatures. Pour l’anecdote, elle fut même traduite en anglais et diffusée à Cardiff, par les militant d’AC ! lors de la manifestation de juin 98 pendant le sommet des chefs d’Etat européen.

Une grande banderole indiquant "Manque d’argent pour les chômeurs - Et la Taxe Tobin ? fut fabriquée. Cela eut lieu toujours dans cette maison du peuple de Saint Brieuc, toute imprégnée de la pensée de Louis Guilloux Ce lieu est devenue pendant ce formidable mouvement de révolte des chômeurs un espace de rencontre, de débats, d’échanges et de décisions d’actions. Il prit souvent, comme le souligna la presse locale, des airs de mai 68.

Cette banderole, accompagnera les chômeurs dans toutes les manifestations de ces mois de janvier et février 98. A la gare SNCF, bloquant les tgv, ou encore lors des occupations des ASSEDIC de l’ANPE, de la Mairie ou de la Préfecture, transformant la cérémonie des voeux du Préfet en une réception quelque peu surréaliste.

Dans les Côtes d’Armor, attac est bien un mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action. Nous avons organisé de nombreuses conférences sur l’agriculture durable, les OGM, les retraites, les fonds de pensions, l’éducation, l’O.M.C ; avec la participation de François Dufour, José Bové, Jacques Nikonof, Jean Christophe Chaumeron, Niko Irtt, Pierre Khalfa, Serge Colin, tous présents parmi nous aujourd’hui, et bien d’autre,s comme Susan Georges, venue à Saint brieuc après le contre sommet de Seattle.

Nous avons informé et mobilisé très largement les citoyens costarmoricains parce que c’est nécessaire.

Plus de 100 costarmoricains se rendirent le 30 juin à Millau contre l’injuste procès, fait à José Bové, à la Confédération Paysanne à la résistance citoyenne. Les comités de Bretagne, Pays de Loire et Vendée ont dénoncé la grande criminalité écologique au lendemain du naufrage de l’Erika affrétée par la multinationale Total-Fina-Elf. Ils affirment que les marées noires ne sont pas des fatalités.

Si l’appel d’Ignacio Ramonet a reçu un écho aussi rapide et aussi enthousiaste dans les Côtes d’Armor, ce n’est pas le fruit du hasard. Saint Brieuc, ville chef lieu du département a su depuis fort longtemps innover tant au niveau politique, associatif que social. La tradition de solidarité, d’engagement et de résistance est ici très solidement ancrée.

On ne peut oublier le "Secours Rouge" avec Louis Guillou avant la deuxième guerre mondiale. Ce comité accueillait les réfugiés politiques espagnols obligés de fuir Espagne fasciste. La naissance de comités antifascistes très actifs avant guerre ne fut pas étrangère, plus tard à la mise en place de solides bases pour l’organisation de la Résistance dans les Côtes d’Armor.

Comment oublier le Front populaire, qui fut marqué à Saint Brieuc par de grandes grèves en particulier dans les aciéries et à l’usine sidérurgique des forges et laminoirs ? Comment taire, que l’un des tous premiers réseaux de résistance en France, en ces années noires de 1940- 1941, prit racines en Côtes d’Armor, à Paimpol et dans la région de Bréhat et Plouha ? Les responsables de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants, l’ont rappelé, ici même, la semaine dernière lors de leur Congrès National. Les cheminots et les lycéens de Saint Brieuc s’engageront, eux aussi précocement dans la résistance. Leur tribut sera ici particulièrement lourd.

Puis vint le temps des guerres d’Indochine, puis d’Algérie. Ici se mobilisèrent des comités contre la torture et les atrocités de la guerre coloniale. On se souvient de ceux et de celles qui se couchèrent devant les trains briochins pour empêcher les convois militaires de partir. Ils seront emprisonnés à la santé et ne seront libérés qu’après une intense campagne nationale.

Dans les années 70, la vie associative locale qualifiée de turbulente voit l’émergence de nouvelles structures : les comités de quartier, qui se considèrent à l’époque comme des contre-pouvoirs maillant tout le territoire costarmoricain.

Citons aussi la belle vitalité de ces "comités tiers monde" qui deviendront plus tard ONG ou associations de solidarité internationale, le planning familial très actif en Côtes d’Armor et bien sûr les offices culturels et des retraités qui fédèrent les énergies. Ces comités de quartiers, ces offices pionniers préfigurant cette soif de débats citoyens et ces recherches de propositions alternatives que nous connaissons aujourd’hui, à commencer dans notre association.

Mais tout cela, serait sans doute passé inaperçu, dans l’océan de chamboulement de notre société qu’a été mai 68, si Saint Brieuc et les Côtes d’Armor n’avaient connu, un grand conflit devenu national.

La grève du Joint Français en 1972 devenu, comme la grève des Lip, un symbole de la résistance anti-capitaliste de l’après 68. La grève du Joint surprend par sa longueur, par ses formes radicales inventées, par l’ampleur du soutien en Bretagne. Ce conflit porte déjà sur les bas salaires, l’oppression hiérarchique et l’archaïsme des relations sociales dans une usine délocalisée. Il marquera durablement l’histoire des mentalités à Saint Brieuc. Qui ici n’a pas chanté "Au Joint Français, les ouvriers bretons disent merde aux patrons" ?

Au même moment les Côtes d’Armor apprennent à gérer des conflits du travail dans de nouveaux secteurs comme les poulaillers industriels Doux à Pédernec ou les Kaolins de Plémet. C’est au cours de ces luttes et de la guerre du lait que naîtra le syndicat des travailleurs paysans, devenu plus tard la Confédération Paysanne, très active dans les Côtes d’Armor. Dans ces luttes on remarque l"émergence de nouveaux rassemblements citoyens au delà des clivages habituels, des appartenances syndicales ou politiques pour dénoncer les effets dévastateurs de la mondialisation libérale.

Les syndicats ouvriers et paysans seront à cette période en Bretagne particulièrement en pointe. Il faut se souvenir des conflits pour sauver l’emploi dans des secteurs comme la métallurgie vieillissante, le bâtiment à Saint Brieuc, l’électronique abandonnée et la téléphonie dévastée à Guingamp et Lannion.

Les années 1980, sont marquées par l’irruption de l’écologie sur la scène politique et sociale. Les comités Plogoff anti nucléaires se multiplient en Bretagne. Celui de Saint Brieuc fut considéré comme le creuset d’un renouveau alternatif actif.

Les actions de solidarité internationale à Saint Brieuc prennent ici une ampleur toute particulière. Solidarité avec la Pologne, le Niger, l’Afghanistan, Pérou, le Kurdistan.... Les actions de ces collectifs fédèrent les alternatifs, qui prennent l’habitude de se rassembler au delà de leurs différences derrière les militants de la Ligue des droits de l’homme et son Président Régional. Ainsi de cette association, nait, l’association de solidarité aux travailleurs immigrés qui multiplient les initiatives.

Dans les années 90, la progression phénoménale du chômage, le recul de la pensée critique face à la pensée unique, les années fric et du libéralisme triomphant, signeront une période de repli et de découragement Il faudra, cependant attendre quelques années pour voir apparaître des signes de renouveau et de résistance dans le mouvement social.Ainsi s’intensifient les luttes contre les privatisations rampantes des services publics avec la création des syndicats comme Sud en 89 et la FSU en 1991. La lutte contre le chômage la précarité et l’exclusion s’organise avec la création de l’association Agir ensemble contre la Chômage ! en 93, Droit au logement un peu plus tard. Toutes ces organisations et associations deviendront membres fondatrices d’attac en juin 98, avec la Confédération Paysanne, le SNUI, la CGT Finances et la CGT équipement, dans notre département.

En octobre-novembre 95 toutes et d’autres encore, dont la CFDT départementale se retrouveront dans la rue pour s’opposer au plan Juppé.

Plus de 30 000 personnes défilèrent dans les rues de Saint Brieuc. Autant qu’à la libération ! Les observateurs attentifs remarquèrent que ce fut au centre de tri postal de Saint Brieuc, situé à une centaine de mètres d’ici, que se fit la jonction entre les cheminots et les postiers grévistes. Une fois la nouvelle connue, la grève générale s’étendit comme une traînée de poudre, à toute La Poste, aux Télécoms, puis à toute la fonction publique de notre pays.

Nous ne pouvons pas parler de Saint Brieuc sans évoquer l’association Bretagne-Gorazdé. Créée pour soutenir les habitants de cette ville bosniaque, aux heures les plus noires de "l’épuration" ethnique dans l’ex Yougoslavie, cette solidarité permettra l’organisation d’un festival culturel Gorazde-Saint Brieuc, qui s’est poursuivi jusqu’à cette année encore. Le refus du racisme, la lutte contre le fascisme, s’exprime fortement dans notre département à travers des associations comme ras l’ front, le Collectif Keravel-an-tiFN ou l’agence de presse Vigilance 22. A noter également, la multitude des actions des lycéens, parents et enseignants qui ont très régulièrement battus les pavés de notre ville pour défendre l’école et le service public d’éducation. De nouvelles formes de lutte apparaissent aussi avec ce que l’on nomme de puis 1990, la bataille de l’eau pure. Des citoyens bloquent une partie de leur redevance d’eau sur des comptes bloqués, lassés de la pollution et de la dégradation constante du patrimoine maritime par les algues vertes et remportent des victoires contre les multinationales de la distribution d’eau.

Depuis quelques semaines, dans notre département se multiplient les grèves dans l’agro-alimentaire pour que cesse les salaires de misère dans ce secteur, où la richesse d’une petite minorité se fait grâce à la surexploitation du plus grand nombre. Nous tenons à saluer ici nos camarades de Pénalan de Mael Carhaix qui viennent d’arracher une augmentation de 1000f pour tous ; saluer nos camarades de Gelagri de Loudéac, filiale du plus grand groupe agro-alimentaire européen Coopagri et enfin saluer nos camarades de Manoir industrie, entreprise métallurgique de Saint Brieuc, en grève eux aussi pour exiger de meilleurs salaires. Les luttes se développent aussi pour défendre le service public et un aménagement harmonieux du territoire, notamment à La Poste, dans des communes comme Binic, où des postiers, des usagers, des élus se trouvent au coude à coude, pour refuser de considérer le service public postal comme une marchandise, rejoignant en cela notre combat.

Avant de passer la parole à Bernard Cassen, notre Président, je tiens à remercier les 170 bénévoles, adhérents ou sympathisants d’attac qui se sont rendus disponibles pour préparer ces Assises et vous accueillir.

Plus largement, je tiens également à remercier, les comités locaux Bretons qui nous ont aidés, les militants du Comité de La Ciotat pour leurs précieux conseils, les permanents du siège, tous mobilisés, pour que ces assises se déroulent dans les meilleures conditions. Une mention spéciale, pour tous les militants ou simples citoyens costarmoricains qui ont généreusement accepté d’héberger chez eux plus de 200 d’entre vous. Bien sûr, je n’oublierai pas de remercier le Président du Conseil Général Claudy Lebreton et le Sénateur Maire Claude Saunier, ici présents, pour le soutien, que les collectivités territoriales qu’ils représentent, ont apporté au comité local de Saint Brieuc chargé de l’organisation matérielle de ces assises nationales.

Chers amis, chers camarades, au nom des comités attac de Dinan, Lannion et Saint Brieuc, je vous souhaite une excellence Assemblée Générale, riche de débats et d’enthousiasme, pour qu’attac continue à se développer, et qu’un autre monde soit possible. Un monde sans exclusion, sans misère, un monde solidaire et en paix.

Serge Le Quéau. Membre du Conseil d’Administration. Président d’attac 22.



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