Accord "historique" à la COP21 ? 20 000 personnes décrètent l’état d’urgence climatique !

mardi 15 décembre 2015

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 Plus de 20 000 personnes se sont rassemblées ce samedi 12 décembre autour du Champ-de-Mars pour dénoncer l’échec de la COP21 à empêcher le franchissement du seuil des 2 degrés de réchauffement, et pour déclarer l’état d’urgence climatique. Les barrages de police en ont retenues plusieurs milliers à l’extérieur du Champ-de-Mars. Organisé en trois jours, le rassemblement était encadré et sécurisé par près de 700 bénévoles (*). Des chaînes humaines ont commencé à se mettre en place dès 14h00. Elles sont parties de la Tour Eiffel, symbole de la révolution industrielle et de la COP21, ont traversé le Champ-de-Mars pour rejoindre le mur de la Paix. Elles symbolisaient ainsi un appel à l’humanité à quitter le modèle productiviste qui dérègle le climat, à exiger la justice climatique pour construire une paix durable et une société soutenable.

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 Des die-in, banderoles en feu et beaucoup de pancartes alertaient sur le fait que la COP21 mène le monde vers le dépassement du seuil gravissime des +3°C, c’est-à-dire vers une situation d’emballement incontrôlable et irréversible du climat. « Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité », ont scandé les manifestants. Ils ont aussi appelé à laisser les combustibles fossiles dans le sol, à en finir avec les paradis fiscaux pour financer la justice climatique et la solidarité avec les pays déjà durement touchés par l’exode des réfugiés climatiques. Ils ont aussi mis en avant les alternatives pour créer des emplois climatiques, une agriculture paysanne et durable, une finance au service de l’environnement et des humains.

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Les milliers de gens rassemblés devant le mur de la Paix ont pu écouter des représentants des différents mouvements qui organisaient le rassemblement du Champ de Mars dont Alternatiba, ATTAC, l’UNEF, la Confédération Paysanne-Via Campesina et les Amis de la Terre, et qui s’est conclu par des prises de paroles de la Coalition Climat 21, plateforme unitaire regroupant 130 structures mobilisées sur la COP21.

 Geneviève Azam, porte-parole d’ATTAC, y a notamment dénoncé le fait que “l’accord de Paris entérine un réchauffement de la planète de plus de 3 degrés. Au lieu d’un réveil civilisationnel, c’est un renoncement programme qui s’annonce. Le climat n’attendra pas les rendez-vous prévus en 2023 ou 2025 pour mettre en péril les écosystèmes et les peuples ! ”

Puis Dipti Bhatnagar, coordinatrice justice climatique et énergie pour les Amis de la terre international a affirmé que “cet accord est une sentence de mort pour les communautés en première ligne du changement climatique, celles qui sont les moins responsables et pourtant subissent les impacts les plus sévères. Les décideurs échouent à répondre à la crise climatique par l’ambition et l’urgence que la science recommande. C’est désormais aux peuples de construire le monde que nous voulons, et de s’unir pour la justice climatique et la paix.”

Enfin, Jon Palais, porte-parole d’Alternatiba a appelé à “décreter l’Etat d’urgence climatique. Face au manque d’ambition et de mesures concrètes des gouvernements, c’est désormais à la société civile de gagner des batailles décisives sur le climat dans les quelques années à venir. Il nous faut continuer à développer les alternatives qui sont déjà à notre portée, mais aussi empêcher les projets climaticides et les fausses solutions en agissant de manière non-violente et déterminée et en entrant en désobéissance civile. ”

La foule des manifestants s’est dispersée dans le calme à partir de 16H30, pendant que les nombreux bénévoles nettoyaient le Champ-de-Mars et réhabilitaient même le Mur de la Paix, laissé à l’abandon et livré aux mauvaises herbes, triste symbole d’un monde où le profit et la guerre mobilisent bien plus d’énergies que la paix, la justice sociale et la transition écologique.

La COP21 a trahi ses promesses, nous sommes en état d’urgence climatique !

Changeons le système, pas le climat !

 

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(*) Ce rassemblement était organisé à l’initiative des collectifs suivants : 
Amis de la Terre France, Alternatiba, Action Non Violente COP21, Attac France, Bizi !, Confédération Paysanne, Coordination de l’Action Non-Violente de l’Arche, Coordination Nationale Pas Sans Nous, Droit Devant !!, Ecologistas en Acción, Emmaüs Lescar Pau, End Ecocide, Mouvement pour une Alternative Non-Violente, UNEF et Via Campesina



 


 

Accord historique à la COP21 : « L’océan va bientôt arriver à Paris »

par , Myriam Thiebaut, Rachel Knaebel
13 décembre 2015 - http://www.bastamag.net/Accord-historique-a-la-COP...

Au moment où les 195 États représentés à la 21e conférence sur le climat adoptent un accord sur les réductions de gaz à effet de serre, historique par son existence mais peu ambitieux, des milliers d’activistes du monde entier se sont rassemblés à Paris, près de l’Arc de Triomphe et de la Tour Eiffel. Malgré l’état d’urgence qui règne en France, ils ont manifesté pour une véritable justice climatique qui ne solde pas l’existence des générations futures et n’oublie pas les communautés les plus touchées par le réchauffement. Reportage avec ces citoyens, souvent jeunes, qui tentent de rappeler aux États leur responsabilité face à l’avenir de la planète.

« L’océan va bientôt arriver à Paris. Ça m’arrange : pas la peine d’aller en camion aux Pays basque pour faire du surf. En plus, ça pollue », rigole une clown, qui a revêtu une combinaison de surf, et pose avec sa planche devant une poignée de gardes mobiles harnachés d’armures en plastique noir. « Le coefficient des marées est très élevé, une énorme vague se prépare et je cherche “bourges plage”, où il y a beaucoup de requins », poursuit-elle, aussi inlassable dans l’absurde que les 195 délégations de pays qui viennent d’adopter un accord au Bourget. Un texte « inconsistant », selon plusieurs observateurs, qui laisse l’avenir de l’humanité en sursis, dépendant pour sa survie du nombre de millions de tonnes de CO2 qui seront émises pendant les prochaines années.


Notre surfeuse a intégré l’armée des clowns à Barcelone, il y a trois ans, au moment du mouvement des indignés. Avec son compère Lucien, qui a rejoint la bande il y a un mois, ils ambitionnent de « combattre le pouvoir de la manière la plus efficace, par l’humour ». La dizaine de clowns se met en marche, mimant une parade militaire. À ce moment, le pouvoir se situe à notre droite, à un bout de l’horizon, où se profilent les tours de la Défense, siège de multinationales comme le pétrolier Total. A l’autre extrémité, l’Arc de Triomphe, où repose le soldat inconnu, victime anonyme de la folie meurtrière du début du XXème siècle. La première tuerie industrielle de masse. Au milieu, 10 000 anonymes dressent une immense ligne rouge, faite de banderoles, de parapluies, de vestes, de bonnets ou de fleurs : la ligne rouge que nos sociétés ne doivent pas dépasser pour que le climat de la planète ne devienne pas incontrôlable.

Accord de Paris : « Ils n’ont aucun plan valable pour y arriver »

Parmi les participants présents, ceux qui, Français ou étrangers, n’ont pas annulé leurs déplacements à cause des attentats ou de l’état d’urgence, une grande majorité de jeunes de moins de 30 ans. Comme parmi les 28 000 personnes qui sont passées pendant la semaine à la « zone d’action climat », organisée au « 104 », un vaste espace culturel parisien qui a battu tous les records de fréquentation. Ces fameuses « générations futures », brandies dès qu’il s’agit d’évoquer la dette publique, se mobilisent pour leur survie climatique. Mais ne font pas la une des journaux télévisés. « Nous sommes venus à 300 en vélo depuis Bruxelles pour le 29 novembre, même si la manifestation a été finalement interdite. Et nous sommes revenus aujourd’hui ! », raconte Charlotte, une Belge flamande de 25 ans. Elle est moins enthousiaste dès qu’il s’agit d’évoquer le résultat des négociations officielles, présenté comme un « accord historique pour sauver la planète ». « L’accord affiche un objectif de 1,5 C° de réchauffement. Très bien, mais ils n’ont aucun plan valable pour y arriver. »


Stuart, un jeune militant indépendantiste écossais, est venu seul à Paris, pour faire entendre sa modeste voix. « Le changement climatique est la plus grande crise du XXIe siècle. Si on arrive à progresser sur la question, ce sera grâce à la pression des populations. Ce qu’il nous faut contre le changement climatique, c’est un changement de système. C’est très important d’avoir une présence internationale ici, d’avoir des manifestants des pays du Nord, qui doivent faire face à leurs responsabilités dans le changement climatique. Car les premières victimes se trouvent au Sud et dans les communautés indigènes », explique-t-il. Laura, la quarantaine, est aussi venue seule d’Angleterre : « Les personnes qui ont négocié l’accord de la COP doivent entendre ce que les gens ont à leur dire ici. Les négociations se concentrent trop sur comment maintenir le capitalisme tel qu’il est. Mais il faut changer le capitalisme. Sinon, ça ne marchera pas. C’est pour ça que je suis ici aujourd’hui. »

« Ce n’est pas seulement une histoire de gaz à effet de serre »

Pour se faire entendre, des cornes de brume se mettent à sonner à midi entre l’Arc de Triomphe et la Porte Maillot, accompagnant la mouvante ligne rouge. Telle une alerte supplémentaire. Anaëlle, 28 ans, en fait fonctionner une. Elle vient de Loire-Atlantique où elle a adopté « un mode de consommation minimaliste » : elle vit en collectivité dans un lieu où elle « met en accord éthique et pratiques », un lieu dédié à la permaculture, autonome énergétiquement, qui développe des projets de développement local et d’éducation populaire, entre Rennes et Angers. C’est justement pour passer du « local » au « global » qu’elle est venue à Paris participer aux actions en marge de la COP21. « Il faut sortir du quotidien, de l’entre-soi. »


Les communautés du Sud sont aussi présentes. Antonio Zambrano Allende, 32 ans, coordonne la délégation de la société civile péruvienne. Le Pérou est l’un des pays du Sud particulièrement exposés au changement climatique. « Nous sommes ici pour demander la justice climatique, et la fin de l’extraction minière intensive au Pérou. Le changement climatique, ce n’est pas seulement une histoire de gaz à effet de serre. Il s’agit aussi de défendre nos territoires contre l’exploitation minière. Un quart du territoire péruvien a été concédé à des compagnies minières, canadiennes, chinoises, états-uniennes ! C’est aussi ça, la question de la justice climatique : la question minière, la forêt amazonienne, la fonte des glaciers. » Il a suivi les négociations pour une plate-forme latino-américaine de la société civile. « Les résultats des discussions, c’est de la bêtise. Il y a beaucoup de trous dans l’accord. C’est un peu mieux qu’avant cette COP, mais ça ne va pas améliorer grand chose. »

« Au Bourget, ils ne parlent pas de précarité énergétique »

Bill McKibben, états-unien et co-fondateur du mouvement 350.org qui mène campagne pour que les investisseurs renoncent à financer les énergies les plus polluantes, comme le pétrole, le gaz ou le charbon, n’est pas totalement négatif sur l’issue des négociations officielles : « Quand on est sorti de Copenhague, en 2009, il n’y avait rien. Entretemps, nous avons fait pression. Et nous sommes arrivés à cette conférence. Nous avons aussi obtenu des États-Unis qu’ils abandonnent le projet d’oléoduc géant Keystone. Nous avons remporté des succès sur le désinvestissement des énergies fossiles. Mais l’industrie pétrolière et gazière a toujours aujourd’hui plus de pouvoir que nous. »




Un peu plus loin, Senowa, 25 ans, et Shela, 37 ans, sont elles aussi venues des États-Unis, en tant que militantes de la communauté noire. « Nous sommes les communautés les plus directement touchées par le changement climatique. Au Bourget, ils ne parlent pas de précarité énergétique, ils ne parlent pas de racisme environnemental, ils ne disent rien du fait que les centrales électriques polluantes se trouvent toujours près des quartiers pauvres et noirs », accuse Senonwa, qui travaille dans une coopérative alimentaire dans le Vermont. « Les solutions discutées au Bourget, ce sont des solutions pour des personnes aisées, pour des gens qui ont le pouvoir. Nous, nous sommes pour une véritable réponse au changement climatique, qui ne serait pas basée sur le marché. »

De nombreux participants aux lignes rouges se sont ensuite rendu au pied de la Tour Eiffel, sur le Champs de Mars, à l’appel du mouvement Alternatiba. Les sacs sont fouillés par les forces de l’ordre, mais l’ambiance demeure détendue. « Nous sommes venus à la COP avec notre université, mais le rassemblement ici, ce n’était pas au programme officiel de la sortie », sourit Benjamin, un étudiant allemand en géographie de 24 ans. Il a suivi les négociations officielles au Bourget et les discussions de la société civile au sein de la zone d’action pour le climat (ZAC) au 104. « Les négociateurs au Bourget, ils ne proposent que des demi-solutions. Ils parlent, mais ils ne disent rien en fait. C’était bien plus intéressant à la ZAC. » Au même moment, au Bourget, les délégations applaudissent un accord qualifié d’ « historique » et saluent le travail du ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius. Lequel de ces deux mondes est le plus réel ?

Rachel Knaebel et Ivan du Roy

Photos : © Myriam Thiébaut

 

 


L’avenir en demi-teinte

http://energie-climat.greenpeace.fr/lavenir-en-demi-teinte

Fumée blanche au Bourget. Enfin. Après plusieurs décalages successifs et des discussions ardentes jusqu’à la fin, la COP21 accouche d’un accord. La fin d’un rendez-vous important, à l’issue duquel tout, néanmoins, reste à faire.

Prolongations

L’accord devait être adopé vendredi. Il l’a finalement été hier, dans une atmosphère un peu désertique. Les stands découvertes avaient fermé leurs portes. Ne restait plus que le décorum, sorte de coquille vide. De même, la plupart des bars et autres points de vente de nourriture et de cafés avaient tiré le rideau, provoquant de longues queues devant ceux restés ouverts. Fatigue, lassitude et exaspération sur le visage de tout le personnel chargé d’exécuter ces tâches logistiques harassantes – vendre de la nourriture, assurer le nettoyage des sanitaires en permanence, aiguiller les gens des transports en commun jusqu’au centre de négociations avec un sourire inébranlable, le tout sous une pression ininterrompue. Chapeau à eux.

Les tables de travail s’était vidées elles aussi. Ne restait que les journalistes et les délégations des ONG survivantes, piaffant d’impatience pour recevoir les dernières moutures du texte, leurs membres s’agglutinant frénétiquement pour opérer les décodages des dernières versions. Avec des éclats de voix, tantôt d’agacement, d’autres fois de jubilation. Pour toutes les équipes mobilisées de longs mois, quel que soit le contenu final du texte, l’adoption d’un accord est une victoire en soi, un soulagement au moins. Difficile de toujours rester objectif dans ces conditions.

Dans l’après-midi, la plénière censée adopter la dernière version du texte était d’abord repoussée de 15h30 à 17h30, avant de commencer réellement aux alentours de 19h30. Cause du retard donnée par le secrétariat de l’ONU ? Erreur typographique sur un mot important situé dans un article décisif du texte. Il faut dire que le jeu diplomatique de ces négociations consiste à évaluer sémantiquement chaque terme pour savoir quelle puissance d’injonction il octroie à l’accord et aux articles qui le composent. A 19h30, Laurent Fabius, président de la COP21, abattait son marteau à la tribune : l’accord de Paris était adopté. De proche en proche, des foyers d’applaudissements nourris. Et des sentiments contrastés au sein de la délégation internationale de Greenpeace.

L’absolu et le relatif

Selon qu’on pense relativement ou dans l’absolu, deux lectures différentes de l’accord peuvent être prononcées.

Si l’on pense relativement, on constate des « avancées ». D’abord, contrairement à Copenhague, un accord universel et contraignant, qui reconnaît la nécessité d’agir contre le réchauffement climatique, a été adopté. Bonne surprise, le texte mentionne même un seuil à 1,5°C qu’il faudrait tenter de pas dépasser comme objectif. La question climatique s’installe durablement dans le paysage diplomatique : une sorte de dynamique politique, au moins chez les élites, se forme.

Dans cette optique, le texte prévoit que toutes les parties, dès 2020, devront se retrouver tous les cinq ans avec obligation de renforcer leurs ambitions en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre – les fameuses contributions nationales (ou INDC, dans le jargon). Autant d’occasions pour la société civile de faire entendre sa voix et pour les États de s’aligner avec les évolutions sociales et technologiques en cours. Et surtout, de se coordonner entre eux. En fait, la constitution de cet agenda va permettre d’exercer une pression diplomatique – et publique – sur ceux qui ne font pas les efforts requis.

Mais si l’on pense dans l’absolu, alors l’accord n’est pas à la hauteur. D’abord parce que d’ici à 2020, nous restons avec les mêmes INDC, qui nous placent sur une trajectoire d’environ 3°C supplémentaires d’ici la fin du siècle nous faisant perdre un temps précieux et peut-être irrattrapable. Pire, à cause de la pression exercée par les États-Unis, ces INDC ne sont toujours pas formulés dans un langage juridiquement contraignant : libre à chaque État de proposer ce qu’il veut et de le réaliser s’il le veut.

En outre, l’interprétation de l’article 4, sans doute l’un des articles primordiaux du texte, laisse perplexe. Celui-ci fixe en effet l’objectif de long terme que se donnent collectivement les pays. On y trouve la « vision de long terme » sur laquelle devaient s’accorder les parties, condensée en une formule-clé : « [Les États] doivent réduire rapidement les émissions de manière à parvenir à un équilibre entre les émissions d’origine humaine et leur stockage dans la seconde moitié du siècle ». D’une part il n’est pas mentionné où se trouve le point d’équilibre exactement, d’autre part, il n’est pas fait état de date précise.

Enfin, cette formulation verse implicitement dans une tendance vers « zéro émission nette » en matière de gaz à effet de serre, ce qui laisse la porte ouverte aux meilleures solutions – les énergies renouvelables – comme aux pires : le stockage de carbone, la géoingénierie, les mécanismes de compensation divers. Par conséquent, elle ne suppose pas forcément de changer de système énergétique ou de modèle de société. Tout dépend le sens qu’on veut bien lui donner – ce qui permet aux pollueurs et à ceux qui défendent leurs intérêts, de leur donner le sens qu’ils voudront bien lui donner. Pratique.

Par ailleurs, nulle sortie des énergies fossiles n’est mentionnée explicitement, pas plus qu’une transition massive vers les énergies renouvelables. Si des financements pour l’adaptation des pays vulnérables au changement climatique sont assurés jusqu’en 2025, l’objectif d’obtenir 100 milliards par an ayant été prolongé, les choses demeurent très vagues sur le mécanisme qui permettra de les mobiliser réellement. Et la somme n’est pas à la hauteur. Selon l’ONG Oxfam, les pays en développement vont en effet avoir besoin d’environ 800 milliards par an d’ici à 2050 pour s’adapter au dérèglement climatique. C’est un peu comme si la réalité du changement climatique, son impact sur des millions d’existences précaires, n’étaient finalement pas pris en compte.

Enfin, la question des droits humains est à peine esquissée en préambule, la question des femmes oubliée, et des secteurs polluants de première importance, comme l’aviation civile ou le transport maritime, ne sont pas inquiétés puisqu’il n’est rien dit de la mobilité.

Pour le dire simplement : contrairement à celui de Copenhague, l’accord de Paris offre un cadre et des perspectives. Mais il est évident qu’aucun des négociateurs du Bourget n’est rentré chez lui hier soir en se disant que l’accord sur lequel il a travaillé pendant tout ce temps ne va suffire à limiter l’augmentation de la température à 1,5°C ou même 2°C. En réalité, les résultats de cette COP21 n’empêcheront pas la multiplication de phénomènes climatiques dangereux pour tous, et fatals pour certains.

Peut-être, au regard de ces signaux parfois contradictoires et de ces perspectives différentes, est-ce la formule du Guardian qui convient le mieux : « En comparaison de que cela aurait pu être, cet accord est un miracle. En comparaison de ce qu’il aurait dû être, c’est un désastre ».

Baroud d’honneur

C’est un classique des rallyes onusiens : à chaque plénière de clôture, le président de séance fait mine de ne pas voir ceux qui demandent la parole pour émettre des objections et, d’un coup de marteau, déclare de manière cavalière l’accord adopté. Cette fois-ci, cela n’a une fois de plus pas manqué : Laurent Fabius a brillamment ignoré les mains des délégations du Nicaragua et de Turquie qui tentaient de faire valoir leurs objections dans le temps qui leur était imparti pour cela.

Le Nicaragua a ensuite été autorisé à prendre la parole pour montrer toute sa déception, rappelant que cet accord, puisqu’il nous laissait de facto sur une trajectoire de 3°C d’augmentation de la température globale, était fondamentalement incohérent et sourd à l’ensemble des prescriptions scientifiques. Laurent Fabius a pris bonne note de ces récriminations d’un simple revers de main.

Porter l’avenir

De notre côté, nous n’avons jamais cru que l’Accord de Paris serait décisif. Il s’agit plutôt d’un jeu diplomatique qui peut débloquer certaines portes. C’est aussi l’occasion de porter nos messages, d’organiser le mouvement de la société civile et de porter sa parole.

Hier après-midi, pendant qu’au Bourget les officiels discutaient des détails, des milliers de citoyens défilaient dans Paris, se géolocalisant afin de former un message pour la justice climatique, ou formant les lignes rouges à ne pas dépasser pour construire un monde vivable pour tous. Ces lignes n’ont pas encore pénétré les textes officiels. Mais elles existent dans la conscience d’un nombre croissant de gens ordinaires, dont la rencontre tisse le grand mouvement climatique de demain.

Sur le terrain, déjà les choses changent. La transition énergétique fait son chemin. Tout un chacun commence à changer ses habitudes. De grands acteurs économiques effectuent des progrès inattendus. Les campagnes contre la déforestation, pour les désinvestissements des énergies fossiles, pour la protection des océans prennent de l’ampleur.

La conclusion de ces deux semaines onusiennes est claire : les décideurs ne provoqueront pas le changement, ils suivront les changements provoqués par la société. A nous tous, donc, de prendre ce destin en main. C’est une lourde tâche, certes. Mais aussi une voie magnifique pour s’émanciper.

 


 Laissons les fossiles dans le sol pour en finir avec les crimes climatiques 

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Cet article a été publié dans la rubrique "vue d’ici, vue d’ailleurs". Celle-ci rassemble des articles n’émanant pas d’Attac 22 ou d’Attac France, mais qui nous semblent pertinent de partager pour aider à la compréhension de notre monde, découvrir des alternatives au "tout marchand", élargir ensemble « les chemins d’un autre Monde ».



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