Etat d’urgence : La communauté musulmane première vicitme

Des responsables musulmans protestent contre les perquisitions
jeudi 3 décembre 2015

Dans la mosquée de la Fraternité à Aubervilliers, le 20 novembre.

Deux semaines après son entrée en vigueur, l’état d’urgence dispose désormais de son « guide pratique ». Il n’a pas été édité par le ministère de l’intérieur, mais par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), jeudi 26 novembre. Perquisitions, assignations à résidence, fermetures administratives : le document détaille les mesures d’exception et, surtout, les recours qui peuvent leur être opposés.

L’initiative du CCIF intervient alors que les témoignages de musulmans ayant subi ces mesures et contestant leur bien-fondé se multiplient. Des requêtes devant le tribunal administratif ont d’ores et déjà été déposées et les images de portes défoncées et de domiciles sens dessus dessous accentuent l’impression d’un gouvernement qui emploie la manière forte. Mercredi 25 novembre, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a précisé aux préfets que « dans la mesure du possible, une ouverture volontaire de la porte » doit être privilégiée.

Le rythme des interventions, lui, ne décélère pas. Le ministère de l’intérieur fait état de 1 616 perquisitions administratives. Elles ont donné lieu à 211 interpellations, 181 placements en garde à vue et 293 armes saisies. Une trentaine de ces perquisitions visaient des lieux de culte : plusieurs d’entre eux ont été fermés – à Nice, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ou à Pontoise (Val-d’Oise), où la salle de prière d’un foyer social a été fermée mercredi soir. La préfecture évoque des « profils islamistes radicaux » et des « prêches extrêmement durs ». Accusations que réfute Abou Jawad, un des responsables de la mosquée de Pontoise. « Tous les prêches sont enregistrés et il n’y a jamais eu d’arrestation. Tout cela est politique. Lorsque le propriétaire d’un chien veut l’abattre, il dit qu’il a la rage. »

Lire aussi : L’islam radical, cible des autorités depuis les attentats

« Je suis juste barbu »

Certaines opérations suscitent en tout cas des interrogations. C’est le cas de celle menée à Bordeaux, mardi 24 novembre, dans l’épicerie musulmane De l’Orient à l’Occident, dont les propriétaires avaient voulu, en juin, instaurer des tranches horaires non mixtes. La préfecture estime aujourd’hui que le lieu est peut-être « fréquenté par des personnes en lien avec le radicalisme islamique », mais l’intervention de la police n’a débouché sur aucune suite judiciaire. Pas plus que la perquisition menée, le même jour, dans une librairie musulmane d’Argenteuil (Val-d’Oise). « Je n’ai pas de casier judiciaire, je n’ai pas de problème de vie en société. Je suis juste barbu », s’étonne le gérant. « Il n’y a rien d’arbitraire », réplique le porte-parole du ministère de l’intérieur, Pierre-Henry Brandet.

« Tout ça, c’est du marketing politique », dénonce Idriss Sihamedi, président de l’ONG islamique Baraka City dont les locaux, à Courcouronnes (Essonne), ont été perquisitionnés jeudi 26 novembre. Le préfet évoque « les membres musulmans fondamentalistes » de l’ONG qui « effectuent régulièrement dans le cadre de leur activité humanitaire des voyages en Syrie ». M. Sihamedi précise : « Dans les camps de réfugiés et avec le Croissant-Rouge, on distribue du pain. On a aussi fait don d’une vingtaine d’ambulances à des hôpitaux. » Les policiers sont repartis bredouilles.

Mercredi, des islamologues, des enseignants et d’autres associatifs ont lancé un appel intitulé « Encadrer l’état d’urgence, c’est urgent ! ». « La question est de savoir sur quels critères un certain nombre de perquisitions et assignations ont été effectuées, explique l’une des signataires, rédactrice en chef du site Saphirnews.com, Hanan Ben Rhouma. Une partie est en tout cas sans fondement et cela rejaillit sur toute la communauté musulmane. Quand on touche aux libertés fondamentales des musulmans, on touche aux libertés fondamentales de tous les citoyens. »

Lire notre blog dédié Observatoire de l’Etat d’Urgence

Julia Pascual
Journaliste au Monde

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/27/d...


Cet article a été publié dans la rubrique "vue d’ici, vue d’ailleurs". Celle-ci rassemble des articles n’émanant pas d’Attac 22 ou d’Attac France, mais qui nous semblent pertinent de partager pour aider à la compréhension de notre monde, découvrir des alternatives au "tout marchand", élargir ensemble « les chemins d’un autre Monde ».



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