Pas de complot mais...

jeudi 3 décembre 2015

Quelques illuminés fanatiques tirent dans la foule et nous nous retrouvons en guerre contre une armée de terroristes, une armée d’autant plus épouvantable qu’elle est insaisissable, tapie dans l’ombre, omniprésente mais invisible, gonflée par notre imaginaire collectif et par les déclarations fracassantes, les proclamations martiales et les commémorations mortuaires d’un exécutif qui ravive en permanence le traumatisme et alimente les peurs. L’ennemi est partout et nulle part, on est au bord de l’hystérie collective. Notre république monarchique, frappée par la catastrophe, et en état d’urgence, s’emballe et engendre un président en surrégime, tout boursouflé par l’anormalité de la situation. François Hollande, soudain métamorphosé, range sa normalité au vestiaire, endosse son costume de chef des armées, fait face sur tous les fronts, et ambitionne d’être le sauveur de l’humanité. Notre grand vendeur d’armes prend la tête de « la plus large coalition pour la vie » mais vient de signer l’arrêt de mort d’une démocratie déjà bien malade.

L’instrumentalisation et la récupération de l’évènement est totale, énorme, indécente, mais d’une terrible efficacité. La France se pavoise en bleu-blanc-rouge.

Difficile de résister au changement climatique. . .

Un climat guerrier sévit en France depuis le 13 novembre. C’est comme un trou noir qui aspire toute la pensée politique, qui met en berne toute réflexion, toute lucidité. Les attentats terroristes de Paris s’ajoutent à la longue liste des évènements qui produisent au sein de la population une onde de choc amplifiée et détournée par les gouvernants. Ces catastrophes – le 11 septembre en est sans doute une des références les plus marquantes mais on peut aussi citer l’attentat du métro de Moscou en février 2004 – donnent lieu à des ripostes massives, souvent disproportionnées, et qui provoquent, par leur brutalité, de nouveaux désastres, générateurs de nouvelles haines. La fabrique de terroristes est alors lancée et elle conforte malheureusement, pour un temps, les pouvoirs en place. Les situations d’exception permettent la surveillance et le contrôle généralisés d’une société qui se doit d’être unie et solidaire des décisions prises par ses dirigeants politiques.

« A qui profite le crime ? » : la question classique, permettant d’orienter la recherche des coupables, connaît ici (comme après le 11 septembre) une réponse évidente. La théorie du complot qui ressurgit et reprend vigueur à la suite de chaque évènement de ce type va certainement s’enrichir d’un chapitre nouveau. . .

Mais, de fait, la réponse importe peu : il n’est nul besoin de complot pour aboutir au mal.

Même si le gouvernement n’a évidemment pas commandité les attentats de Paris, même s’il a sans doute travaillé à les faire échouer, même s’ il en a traqué les responsables, l’important est qu’ils aient eu lieu, qu’une certaine politique les ait rendus probables, prévisibles, et que le pouvoir les ait instrumentalisés avec autant d’habileté voire de perversité.

Il n’y a pas de complot mais le choc créé par les attentats permet d’imposer des règles qui étouffent l’expression de la société civile.

Ainsi, toutes les manifestations et notamment les marches citoyennes prévues le 29 novembre et le 12 décembre afin de faire pression sur les décideurs dans le cadre de la COP 21 sont annulées.

Il n’y a pas de complot mais désormais un Etat d’exception qui permet d’intimider et de malmener tous ceux qui ne pensent pas droit, tous ceux qui contestent un mode de vie qui n’est pas négociable. Les préfets sont passés en mode Front National, assimilant désormais tout acte de contestation et de résistance à un acte délictueux voire criminel. Les perquisitions, les dénonciations, les dérapages, les violences policières, se multiplient. L’arbitraire se substitue au « juridisme ». Le convoi « Cap sur la COP », rassemblant notamment des occupants de NNDL, bloqué de toutes parts, ne pourra pas rejoindre la région parisienne ; le préfet d’Eure et Loir, notamment, a pris un arrêté interdisant toutes les manifestations sur la voie publique du vendredi 27 novembre à 00h jusqu’au lundi 30 novembre à minuit en mettant en avant « que des groupes et groupuscules appartenant à la mouvance contestataire radicale et violente sont susceptibles de stationner en Eure et Loir en vue de converger vers Paris et l’Île de France ».
La France est unie, la France est patriote, la France ne peut contester l’ordre libéral qui est le seul à garantir la prospérité et la possibilité de réussir sa vie de consommateur

Face à la barbarie de Daesh, un autre fondamentalisme guide l’action des gouvernements occidentaux, celui d’une bonne conscience intégriste, celui de la protection inconditionnelle de nos sociétés de consommation occidentales, celui de la défense des intérêts des transnationales qui sont les seules à proposer des solutions acceptables pour conjuguer croissance et limitation du réchauffement climatique.

Pourtant, comment espérer léguer à nos enfants « un monde libéré du terrorisme » quand les frontières se ferment à nouveau devant des migrants fuyant la guerre et les privations ? Comment bâtir un monde de paix quand des réfugiés, au pays des droits de l’homme, sont parqués dans des cloaques insalubres ou enfermés dans des centres de rétention en attendant d’être expulsés ? Comment le mépris et la maltraitance pourraient-ils engendrer la fraternité ?

Il n’y a pas de complot mais il y a l’accaparement des terres, il y a la confiscation des ressources, il y a le réchauffement climatique, il y a les guerres, il y a l’impossibilité de vivre au pays pour des populations de plus en plus nombreuses et puis, ensuite, il y a les blocages aux frontières. . .

Il n’y a pas de complot mais, de la part des pays riches, une politique de défense exclusive des intérêts nationaux particulièrement agressive qui ne peut conduire qu’à la violence et au chaos.

Il n’y a pas de complot mais, déjà, Bernard Cazeneuve annonce la prolongation de l’état d’urgence.

Il n’y a pas de complot mais la France vient d’informer le Conseil de l’Europe de « sa décision de déroger à la Convention européenne des droits de l’homme ».

Jean-Luc Gasnier

 

Source : Le Ptitgrain n°351 - Attac 33

http://www.local.attac.org/attac33/


Cet article a été publié dans la rubrique "vue d’ici, vue d’ailleurs". Celle-ci rassemble des articles n’émanant pas d’Attac 22 ou d’Attac France, mais qui nous semblent pertinent de partager pour aider à la compréhension de notre monde, découvrir des alternatives au "tout marchand", élargir ensemble « les chemins d’un autre Monde ».



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